PORTRAIT – Edwige LARRALDE, une fille qui claque !

Edwige est une jeune femme pétillante qui ne manque pas d’humour. Et de l’humour, il lui en faut car même si, comme elle dit, elle a eu « beaucoup de chance » dans son métier, il n’en est pas moins prenant et exigeant.

Edwige Larralde a su tirer profit de son tempérament de fer, pour percer en tant que danseuse -notamment danseuse de claquettes – et, pour mener de front carrière et études supérieures. De la compagnie José Montalvo à Dirty Dancing, en passant par le très reconnu 42nd Street, ou la Martins Tap Dance, elle est aujourd’hui une danseuse comblée !

 

 

 

Les claquettes : une rencontre entre Edwige et la danse.

 

J’ai connu Edwige car nous faisions notre première année de Licence de Médiation Culturelle et Communication ensemble. Je me souviendrai toujours de notre première rencontre. A son image, elle a débarqué dans ma vie comme un « cheveu sur la soupe » ! Au premier cours de communication, nous nous sommes présentés chacun à notre tour afin d’exposer notre parcours. A la pause, elle est sortie de nulle part et m’a sauté dessus : « Tu fais de la danse, tu fais de la danse ? ». Elle sautillait presque de joie de se trouver une copine de danse !

Dès ce jour-là, une amitié unique se créait…

Malheureusement, nous n’avons pu passer qu’une année scolaire ensemble. Ses choix professionnels l’ont très vite amenée vers la capitale !

 

Et pourtant, après de multiples et de multiples activités, les claquettes ne  sont pas très vite venues combler la vie de la petite Edwige Larralde. Déjà bout-d’en-train, dès toute petite, elle s’est essayée à plusieurs sports dont le karaté, le tennis et la compétition de ski. Plus jeune, Edwige avait fait un peu d’éveil en danse mais depuis elle touchait un peu à tout au grand désespoir de ses parents… Elle n’a jamais vraiment porté son attention sur une activité en particulier, jusqu’à ce qu’elle tombe dans la danse par les claquettes. En même temps, quand on imagine Edwige en tenue de karaté, on ne peut qu’avoir le sourire aux lèvres, tellement je ne la vois vraiment pas dans ce sport ! Ne vous inquiétez pas, elle ne va pas m’en tenir rigueur. Elle va même rire, en lisant cela – une de ses qualités premières, c’est qu’elle sait rire de tout mais surtout d’elle. Je ne sais pas si je pourrais en dire autant.

 

Avec du recul, heureusement qu’à 10 ans, Edwige Larralde suit sa copine de l’époque dans un cours de claquettes, car aujourd’hui elle illumine la scène à elle toute seule. Tout s’enchaîne alors, elle commence la danse classique à 13 ans et commence les pointes dès lors. Le sport qu’elle a fait avant lui a permis d’être facilement au niveau des élèves de son cours. Quelques années plus tard, Edwige rentre, sur audition, au conservatoire de Pau qui vient d’ouvrir. Elle touche également à tout, à travers des stages et des cours en écoles privées : danse jazz, contemporain, danses de couple, danse africaine, flamenco, lindy hop, etc. Cependant, les claquettes restent toujours un leit motiv ! Elle se forme pendant deux ou trois stages par an, et s’entraine ensuite régulièrement sur une planche dans sa chambre à Lys (64) : impressionnant au regard de son parcours actuel !

 

Car, si Edwige continue le conservatoire jusqu’à la fin des cycles prévus, elle ne prolonge pas par la suite dans une formation professionnalisante en danse, contrairement à de nombreux danseurs aujourd’hui. Sa présence scénique lui vaut déjà d’être repérée dès ses 14 ans. Elle approche alors le monde professionnel en intégrant le spectacle Une Nuit au Cotton Club en tant que danseuse claquettes et de lindy hop. Grâce au soutien de sa famille, et notamment de sa mère, Lyber, Edwige Larralde réussit à participer à la tournée et à continuer son cursus scolaire certes brillamment mais beaucoup moins sagement. Elle était une des premières de la classe mais dans le dos des professeurs, c’était la première à faire « toutes les conneries » possibles. Quand elle me raconte cela, ses yeux pétillent encore !

Dans le même temps, Edwige continue les stages de claquettes. A 16 ans, elle rencontre alors, Fabrice Martin, chorégraphe suisse. Il lui demande d’intégrer sa troupe la Martins Tap Dance. Edwige Larralde commence alors de multiples aller-retours en Suisse afin de connaître les spectacles : d’abord CLAK-SON, ensuite BOX-SON, puis plus tard l’irrésistible SHOEBIZ. Cette expérience lui apprend beaucoup et l’immerge véritablement dans un travail professionnel de qualité. En Suisse, les claquettes sont aisément reconnues tandis que la France garde une image désuète des claquettes. La Suisse repose sur une autre mentalité quant aux claquettes et dispose de personnes ressources et importantes en la matière. A ce moment-là, Edwige incarne le rôle-titre dans Les Aventures de Pinocchio au Théâtre de Paris. Elle ajoute d’autres cordes à son arc : la comédie et le chant !

 

 

 

Edwige : Danseuse de claquettes et étudiante

 

Petit à petit, Edwige prend de l’envergure et s’impose de plus en plus dans son métier. Elle se fait souvent repérer. Elle considère cela comme une grande « chance » mais il est compréhensible qu’elle se soit souvent fait remarquer. Edwige est un vrai rayon de soleil sur scène.

 

Parallèlement au cheminement de sa carrière, Edwige Larralde continue ses études. C’est une période     « très fatigante » de sa vie, où il a fallu jongler « entre plusieurs vies à la fois, être organisée ».  Edwige intègre par la suite une des plus grandes compagnies de France et même d’Europe : la compagnie José Montalvo, basée à l’époque au Théâtre National de Chaillot. Elle répète alors face à la Tour Eiffel ! Le fait qu’Edwige soit danseuse de claquettes, lui sert énormément, car aujourd’hui en France cette spécialité est de plus en plus recherchée dans les spectacles actuels.

 

Avec la compagnie José Montalvo, Edwige Larralde connaît l’un des plus beaux moments de sa profession. Elle danse dans des théâtres de prestige. Des lieux forts en symbolique, proche du public, ce qu’elle affectionne particulièrement. Un de ses plus beaux souvenirs reste le Théâtre San Carlo de Naples. Lorsqu’elle découvre ce lieu magique, Edwige va faire sa première avec la compagnie José Montalvo. A la répétition, elle est tellement émue par la vue depuis le plateau scénique. Elle a envie de pleurer, tellement ce lieu est beau et impressionnant ! Ce soir-là, José Montalvo se verra remettre le premier Prix du Meilleur spectacle étranger, initié par le jury des Maschere del Teatro Italianao (l’équivalent des Molières Français). Une belle expérience, pour laquelle, Edwige a une profonde reconnaissance car, au-delà de ça, l’équipe qui l’entourait l’aidait beaucoup.

 

Comme dans toute carrière, divers horizons et de multiples envies peuvent pointer le bout de leur nez !

C’est alors qu’Edwige choisit la comédie musicale simple et pure en participant à Dirty Dancing. Un temps beaucoup plus léger qu’elle apprécie particulièrement. Il lui apporte le « fun » qu’elle souhaitait à ce moment-là. Elle désirait faire autre chose et elle était réellement attirée par le rôle des doublures, celui de Bébé notamment. « On ne laisse pas Bébé dans un coin », oups, je m’égare ! Il fallait absolument que je la place quelque part.

En parlant d’amour… Edwige a trouvé son Johnny sur la tournée de Dirty. Non, pas le vrai Johnny, mais la chaussure qui manquait à son pied. Bref, elle a craqué sur le technicien structure qui est aujourd’hui son compagnon.

Dernièrement, Edwige Larralde a dansé dans la comédie musicale qui a enchanté tout Paris : 42nd Street au Théâtre du Châtelet. Et ce que j’aime chez elle, c’est que, même avec son expérience fabuleuse, Edwige était très impressionnée d’être entourée d’artistes de renom. Elle a beaucoup appris en les regardant maitriser leur art. La chorégraphie exigeait une qualité du mouvement et d’ensemble. C’est une expérience qui s’est déroulée dans d’excellentes conditions. Là encore, Edwige se trouve très chanceuse !

 

L’avenir, le métier de danseuse : les questionnements d’Edwige

 

Le métier de danseur est majoritairement précaire, la plupart du temps, exercé dans le cadre de l’intermittence du spectacle. Edwige Larralde est donc intermittente du spectacle. Il va de soi que l’avenir est également précaire car il est parfois difficile de savoir ce qu’elle va faire dans les six prochains mois. Mais jusqu’à présent, Edwige a eu l’opportunité d’enchaîner les contrats sans trop se préoccuper de ses cachets pour pouvoir prétendre à son régime d’intermittence. A l’heure actuelle, il y a beaucoup de danseurs qui ne sont pas dans son cas et sont en « galère » de cachet. Pour pouvoir être intermittent du spectacle, il y a des conditions à remplir en termes de nombre de cachets (salaire propre à une représentation) et de nombre d’heures de travail. Il y a des avantages et des inconvénients dans le métier de danseur. C’est pour palier à cette précarité qu’Edwige s’est attachée à faire des études et à les réussir. Elle considère son cursus universitaire, dans le domaine de la culture, comme un atout pour connaître l’envers du décor. Le fait d’avoir un Master en Médiation Culturelle et un 3ème cycle professionnel en matière de Conduite de Projets Culturels est, très certainement, un atout pour Edwige.

 

Malgré tout la carrière d’un danseur est faite de hauts et de bas. Si, dans ses souvenirs les plus précieux, Edwige compte les Championnats du Monde de 2013 – où elle a été Championne du Monde avec le trio SLYDE DANCE -, elle se remémore également une blessure à la cheville qui stoppe tout net sa participation, pendant quelques semaines, à la tournée de Dirty Dancing. Le métier de danseur demande de jongler avec l’instabilité de l’avenir mais aussi la fatigue corporelle.

 

L’avenir, Edwige Larralde l’idéalise en tant que chorégraphe à part entière. Elle s’est déjà adonnée à cette activité sur plusieurs spectacles auxquels elle a participé, mais elle rêve de réaliser ses propres créations. Une chose est certaine, la connaissant, elle se donnera les moyens de réussir son entreprise. Dans un temps plus immédiat, Edwige, étant revenue sur ses terres natales pour s’y installer définitivement, souhaite mettre en place des cours de claquettes. Pour l’avoir vu faire, elle est très bonne pédagogue. Et puis, comme un seul projet n’est pas assez pour Mlle Larralde, elle aimerait également plus tard « mêler l’artistique, au pédagogique, à la sensibilisation des publics, à l’action culturelle et à la médiation » en tant que programmatrice dans un théâtre, coordinatrice d’un conservatoire, ou directrice d’un conservatoire. Une chose est sûre c’est qu’elle se donnera les moyens de réaliser ses désirs.

Sur le plan personnel, elle se contente des bonheurs simples de la vie et profite de chaque instant. Si elle voudrait plus tard continuer à danser pour le plaisir, sur scène ou ailleurs, elle aspire à vivre en famille dans un cadre de vie sain. C’est ce que je peux lui souhaiter de mieux.

 

Il y aurait tant à dire sur ce bout de femme que je ne peux tout écrire… Vous l’aurez en tout cas compris, c’est quelqu’un que j’affectionne particulièrement en tant qu’amie mais aussi en tant qu’artiste. Voilà de quoi conclure ce post en vous invitant à en découvrir plus sur Edwige à travers les vidéos suivantes.