Histoire de la danse – Partie 1 – Deuxième sous partie : Du Romantisme à l’académisme, la naissance d’un répertoire

Du Romantisme à l’académisme, la naissance d’un répertoire

 

La Révolution et ses apports novateurs dans la société de 1789 n’ont pas été à l’origine d’un nouveau ballet. Mais s’il n’y a pas eu de remise en cause au niveau de la forme, le thème des ballets devient plus contemporain. La danse se préoccupe des bourgeois, des paysans, et des militaires : les classes moyennes sont fortement représentées. Le réalisme est, dès lors, mis en scène par Jean Dauberval (élève de Noverre) dans La fille mal gardée en juillet 1789. L’histoire porte des personnages issus de la vie quotidienne de l’époque. Ce succès est indépendant de la direction de l’Opéra de Paris, puisque deux ans auparavant, ce sont les frères Gardel qui prennent la direction de l’Opéra pour une durée de quarante ans.

 

Le ballet du XIXème siècle prend une ampleur considérable dont l’impact sera déterminant pour l’histoire de la danse. Outre l’avènement de la danse masculine, le XIXème siècle est synonyme de la préparation de l’âge d’or du Romantisme. Cette période-là, marque l’histoire à jamais avec des personnages qui résistent à l’évolution du ballet. Giselle, créé le 28 juin 1841 est sans doute une des pièces les plus connue du répertoire classique. C’est une réelle révolution puisque sur scène l’aboutissement des périodes antérieures se dévoile aux yeux du public. C’est ainsi que le thème du surnaturel peut être traité plus facilement, car depuis 1813 que Mlle Gosselin s’est tenue en équilibre sur la pointe de ses pieds : la technique de la danse féminine propose de plus en plus de mouvements virtuoses. Dès lors, la marque de la danse classique est trouvée : « les pointes » supposent un travail technique de surélévation permanente des danseuses. Giselle, emblème de l’époque romantique, incorpore aussi pour la première fois la dimension de folie d’un personnage. C’est un thème récurrent depuis la Révolution dans les spectacles de boulevard. La danse commence donc à s’inspirer d’autres arts, notamment aussi pour les décors. Par exemple, le roman amène le goût pour des créations exotiques et empreintes d’univers étrangers. Le public vient voir les ballets pour se plonger dans un monde irréel et imaginaire. L’Opéra de Paris, fermé sous l’influence de l’Eglise pendant l’Empire, ressort d’autant plus fort de ces innovations qui font la spécificité du ballet romantique. Ce style novateur est aussi porteur d’un monde fantasmagorique. Bien avant Giselle, La Sylphide dont la création a lieu le 12 mars 1832, marque l’avènement de la période romantique. La chorégraphie est signée de Philippe Taglioni sur une musique de Jean Schneitzhoeffer. Le livret d’Adolphe Nourrit s’inspire d’un conte fantastique de Charles Nodier : Trilby. Ce ballet expose le tiraillement d’un jeune homme entre sa fiancée dont l’existence est bien réelle et son attirance pour une fille de son imagination. Là encore le tutu long de tulle blanc qui fait l’emblème de la Sylphide et plus tard des Willis[1] devient alors caractéristique de la danse classique. Le décor permet l’élévation des sylphides dans les airs. Déjà présents dans La Sylphide, le chausson de pointe permet une avancée considérable dans le geste dont l’apogée se laisse alors voir quelques années plus tard dans Giselle. Ce ballet « établit le règne de la ballerine, et fait d’elle dans le même temps un être désincarné et impondérable, plus proche du fantôme que de la femme »[2]. En revanche, ce thème surnaturel ne sera pas très prolifique dans l’histoire de la danse.

 

Lors de la chute du second empire, le ballet français tend à s’essouffler.  Cependant, un spectacle prépondérant, encore aujourd’hui dans le répertoire, connaît un succès majeur avant l’effondrement du style romantique. Coppélia, créé le 25 mai 1870 est chorégraphié par Arthur Saint-Léon et Charles Nuitter avec ce qu’il reste du romantisme. Un renouveau est nécessaire pour ramener l’attention du public qui s’est plutôt détourné vers l’opéra lyrique. Cette période s’ouvre alors sur ce que l’histoire de la danse nommera l’académisme. Celui-ci vient directement d’un pays qui a et aura un rôle majeur dans la danse : la Russie. La figure dominante du ballet devient alors Marius Petipa. Il aura une influence considérable dans le monde de la danse. D’origine française, cet artiste exilé à Saint-Pétersbourg, s’offre le privilège de prolonger l’ère du romantisme dans cette partie du monde. Ce jeune danseur marseillais est appelé par le Théâtre impérial Mariinski, car l’usage en Russie depuis le XIXème siècle est de faire appel à des chorégraphes français. A peine âgé de 29 ans, il commence ainsi une carrière longue de soixante ans, dont la production permettra la naissance de près d’une cinquantaine d’œuvre. Ces créations entrent dans l’ère du ballet académique et sa nomination en tant que maître de ballet en 1857, permet alors de remettre au goût du jour des œuvres disparues du répertoire français. Sans lui, Giselle, pourtant chef-d’œuvre quelques années auparavant, aurait disparu. En effet, l’Opéra de Paris ne représente plus cette œuvre qui fut l’emblème de la période précédente, celle du romantisme. L’ère Petipa est synonyme de virtuosité jamais atteinte jusque-là. Les pas et mouvements sont affinés pour servir les histoires de conte de fée. Les étoiles sont particulièrement mises à l’honneur. La mimique vient compléter le style général du ballet alors que le côté exotique est inséré par l’intermédiaire des danses de caractères. Ce chorégraphe joue beaucoup sur le côté spectaculaire de sa danse dont le résultat n’est pas nécessairement la production de chefs-d’œuvre. Grâce au directeur du théâtre, une collaboration permet alors à Marius Petipa de donner un élan à sa carrière. Son travail avec Tchaïkovski a marqué à jamais l’histoire de la danse. Trois œuvres sont caractéristiques de cette période et font notamment partie aujourd’hui du répertoire. Elles sont reprises à chaque saison par de nombreuses compagnies : La Belle au bois dormant (1890), Le Lac des cygnes (1895), Casse-Noisette (1892). Son influence, outre la création de ballets notoires, sera aussi très importante pour la suite dans la formation de ses danseurs. Sa domination en termes d’académisme et son monopole sur l’enseignement en Russie a touché ceux qui seront plus tard à l’origine des Ballets Russes. C’est d’ailleurs Nijinsky, Fokine, Karasarvina, et entre autres Pavlova, qui profiteront de la brèche entrouverte par les nouvelles tendances. Marius Petipa, dépassé par cet élan se verra dans l’obligation de quitter le théâtre Mariinsky en 1904, six ans avant sa mort, car ses héritiers ont entamé une révolte contre le maître dont l’ambition marquera à jamais la danse.

 

[1] Jeunes filles qui se retrouvent transformées en fantôme pour avoir trop danser

[2] I.GINIOT, M.MICHEL, La danse au XXe siècle, Paris, Larousse, octobre 2008, p.20

 

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