PORTRAIT : Lucie Lagarrigue – Administratrice de Pronomades

Aujourd’hui, je me mets derrière mon clavier pour écrire un portrait totalement différent du dernier que j’ai pu poster sur ce blog. Différent, mais il me touche personnellement tout autant car je vais vous faire découvrir la personnalité de Lucie. Notre amitié s’est liée au fil des années lorsque nous étions en Licence ensemble.

 

Une amitié qui aurait pu ne jamais naître, tant Lucie se destinait à un autre parcours !

La phrase du dernier paragraphe est très importante car en effet, nous nous sommes toujours bien entendues toutes les deux bien que nous puissions être parfois très différentes. Et plus nous prenions du grade dans nos années universitaires, plus notre amitié se renforçait et prenait du grade elle aussi. Nous avons quasiment passé notre troisième année tout le temps ensemble, l’une chez l’autre et vice-versa. Nous faisions nos dossiers et nos projets ensembles, tant notre alchimie de travail était la même. Une bien belle année donc, à partager les goûters révisions, les recettes de cuisine, les films sur nos petites télés d’étudiantes, à s’appeler quand nous n’étions pas ensemble, etc.

Quand nous avons rempli nos dossiers pour entrer en Master, nous avions toutes deux une idée prédéfinie de la fac dans laquelle nous voulions aller. Lucie était l’élève, je ne dirais pas modèle, mais plutôt l’élève à qui tout réussi, et moi, j’avais le même dossier qu’elle, mais en travaillant deux fois plus. Dans cette même lignée, Lucie a brillamment passé les entretiens pour rentrer dans le Master qu’elle voulait et moi j’ai mis un peu plus de temps à décrocher un master… Ce moment a été plutôt difficile pour moi à vivre et Lucie a été là, jusqu’au bout, à me soutenir. Elle a même passé un entretien pour un autre Master alors qu’elle savait déjà qu’elle était déjà prise à Lille, juste pour m’accompagner et me soutenir. C’est un geste d’amitié que je n’oublierai jamais.

Suite à cela, Lucie est donc entrée en Master des Métiers de la Culture à Lille – Production artistique et publics de la culture. Nous nous sommes retrouvées à l’opposé de la France puisque j’habitais désormais Marseille.

Pourtant, rien ne destinait Lucie à un tel parcours. Après un baccalauréat scientifique, elle décide de rentrer au lycée Fermat à Toulouse pour faire une prépa scientifique afin de continuer à travailler des matières de culture générale. Mais cette année-là, elle ne trouve pas vraiment sa place, pour ne pas dire qu’elle ne se sent pas à sa place. Par choix donc, et non par incapacité, elle préfère arrêter son année scolaire au mois d’avril pour passer les concours de Science Po’ – une filière en projets culturels à Science Po’ Grenoble l’intéresse alors. Elle n’obtient pas ces fameux concours et réfléchit donc à ce qu’elle aimerait réellement faire. L’art et la culture l’attirent fortement. Elle pense donc s’orienter vers des métiers passions qui touchent à ce domaine via un parcours en Médiation culturelle. Voulant vivre ses nouvelles aventures d’étudiante dans une grande fac, Lucie fait sa pré-rentrée à Montpellier mais c’est finalement à l’Institut Catholique de Toulouse, dont les matières et disciplines lui correspondent plus qu’à Montpellier, qu’elle se lance dans cette nouvelle voie. Durant son année de prépa, elle avait déjà failli intégrer cette licence-là au mois d’octobre, mais elle avait préféré persévérer vers son choix initial. Si elle avait choisi de commencer sa licence un an plus tôt, Lucie et moi nous ne nous serions pas aussi bien connues, voire peut-être pas du tout puisqu’elle aurait fait partie de la promo précédente de la mienne. Chemin faisant, Lucie ayant une pratique musicale affirmée, se tourne également vers d’autres arts. Ses expériences l’amènent vers les Arts de la Rue. Sa pratique de bénévole sur le festival Musicalarue est une véritable révélation ! Cet événement regroupe des évènements musicaux et les Arts de la Rue. Une rencontre décisive l’amènera à se consacrer définitivement à ce domaine artistique pour la rédaction de son mémoire de fin d’études de Licence. Elle fait la connaissance de Pauline qui adore les Arts de la Rue et lui donne envie de s’y intéresser. De plus, des comportements interpellent alors Lucie. Ce festival propose de belles têtes d’affiches en matière musicale. Beaucoup de spectateurs sont donc attirés principalement par celles-ci. En se rendant voir leur concert, Lucie découvre avec émerveillement que ces mêmes spectateurs se laissent volontiers prendre au jeu des Arts de la Rue et, s’arrêtent alors pour profiter du spectacle qui se déroule sous leurs yeux dans l’espace public !

Cette belle découverte se poursuit lors d’un stage, plus long cette fois-ci, au célèbre festival, « reconnu » pour son exigence en matière d’Arts de la Rue et d’Art de la Piste, Furies à Châlons-en-Champagne. Cette détermination à poursuivre dans les Arts de la Rue, lui ouvre alors les portes de son Master Métiers de la Culture à Lille. Elle ne regrette pas son choix car ce parcours l’ouvre sur une pluridisciplinarité intéressante et repose sur des temps de stage de quatre à six mois afin de développer son expérience professionnelle. Après un premier stage à Metalu A Chahuter – collectif d’artistes de la rue – , Lucie réalise sa deuxième expérience au sein de Pronomades. C’est alors que le « destin » professionnel de Lucie va commencer à s’écrire, si je puis l’écrire comme cela.

 

Un parcours qui ressemble à un destin tout tracé !

Lucie est aujourd’hui Administratrice de Pronomades. Pronomades est un Centre National des Arts de la Rue (CNAR) basé à Encausse les Thermes, un petit village situé en Haute-Garonne, proche de Saint-Gaudens et des Pyrénées. C’est pour cette fonction précise que j’ai décidé d’écrire le portrait de Lucie. Sa profession est atypique et le lieu pour lequel elle travaille est également atypique. En effet, Lucie vit le privilège travailler à Pronomades, car il existe seulement 13 Centres Nationaux des Arts de la Rue en France. Les missions d’un CNAR reposent sur plusieurs axes.

Premièrement, les Centres Nationaux des Arts de la Rue accompagnent les artistes dans la création de leurs spectacles en répondant par des moyens financiers, matériels ou bien humains à leurs besoins. Les CNAR sont aussi des lieux de créations et accueillent donc les artistes et les compagnies en résidences. Par exemple, Pronomades met à disposition des compagnies en résidence, un espace similaire à une salle de spectacle avec tous les éléments nécessaires à la création. Le CNAR, les loge également dans le cadre de leur résidence. Les CNAR remplissent également une mission artistique et culturelle sur le territoire dans lequel ils sont implantés. Dans ce cadre-là, Pronomades propose une saison pluridisciplinaire de mai à décembre, composée d’environ soixante-dix spectacles et de nombreux projet culturels avec les habitants du territoire. L’intérêt premier est que les Arts de la Rue ne doivent pas uniquement être représentés et représentables en festival. Pronomades s’attache notamment à amener le théâtre à des spectateurs qui ne seraient pas forcément venus à lui. L’envie repose sur le fait de surprendre les spectateurs dans des lieux différents, notamment des lieux ruraux où l’art et la culture ne sont pas nécessairement accessibles. Cette volonté suppose de « recréer un lieu de spectacle dans des endroits qui n’en sont pas », selon Lucie. Cela inclue donc le fait de porter des projets avec des structures culturelles, sociales mais aussi des institutions, notamment des écoles, des collèges ou des lycées.

 

Lucie va avoir 30 ans au mois de décembre et à son âge, être administratrice, depuis presque 5 ans, d’une structure comme celle-ci est une vraie prouesse, mais pas pour le moins méritée et cohérente. Lucie a intégré Pronomades lors de son stage de fin d’études, un stage de 6 mois, devenu la concrétisation de son souhait le plus cher. Elle avait découvert Pronomades quelques années plus tôt. Etant originaire de Midi-Pyrénées (devenue aujourd’hui la région Occitanie) et venant également d’un milieu rural, elle souhaitait réellement intégrer cette structure. Elle obtient un stage liant mise en œuvre et administration. A ce stade de son expérience, la problématique qui traverse principalement Lucie résonne en elle : « comment accompagne-t-on une compagnie qui vient créer en milieu rural ? ».  Ce milieu qu’elle connaît tant, car Lucie a grandi entourée de son frère et sa sœur dans un petit village du Tarn et Garonne, proche de Montauban. Un milieu agricole, proche de la nature, familial, qu’elle affectionne tant. C’est pourquoi cette problématique résonne d’autant plus dans son for intérieur. Cette première expérience réussie au sein de Pronomades se prolonge par un CDD. A ce moment particulier, le CNAR prend ses quartiers dans un nouvel endroit à Encausse les Thermes. Un lieu dédié à remplir les fonctions premières de Pronomades et qui impliquent une croissance d’activité du fait des nouvelles possibilités qu’offre le bâtiment. A cette occasion, l’activité se développe et l’emploi de Lucie doit venir en renfort de cet accroissement d’activité. Jusqu’en décembre 2011, Lucie est donc comme un poisson dans l’eau dans les Thermes d’Encausse à faire ce qu’elle aime le plus travailler dans les arts publics, ceux qui « s’adressent au spectateur, au public, que l’on soit dans la rue ou ailleurs » !

Puis vient le temps de la fin du CDD que l’on connaît tous… et à cette occasion, Lucie recherche du travail, mais l’aventure Pronomades n’en a pas fini avec elle ! En effet, en mars 2012, elle est à nouveau embauchée par la codirection qui se pose notamment des questions sur la restructuration de l’équipe puisque l’administratrice de l’époque avait décidé de quitter ses fonctions l’été suivant. « Super Lucie » est donc arrivée, avec sa valise à tout faire, dans le but de faire le lien entre le départ de l’administratrice en poste et les réflexions de la codirection à propos de la tournure qu’ils veulent donner à une possible restructuration d’équipe. Le CDD de Lucie doit prendre fin en décembre 2012, et grâce à son expérience au sein de l’association, elle assure « l’interim » en tant qu’administratrice de Pronomades de septembre à décembre 2012. Je me rappelle très bien cette période et les doutes de Lucie quant à son avenir. Le poste d’administrateur était à pourvoir et diffusé sur le marché du travail. A ce moment-là, Lucie hésite même à postuler. Etait-elle prête, à son âge, d’assumer les responsabilités d’un administrateur de CNAR ? Le fait de vivre dans un milieu rural à son âge ne serait-il pas trop brutal après avoir vécu à Toulouse et à Lille ? Son embauche serait-elle « légitime » puisqu’elle faisait déjà partie de l’équipe de Pronomades ? A côté, d’elle, je ne pouvais que l’encourager à aller dans cette voie-là. Moi, qui terminait un petit CDD, dans une association et dont l’embauche en CDI était impossible, faute de moyens, je considérais que ce qui s’offrait à Lucie était une chance qu’elle devait saisir.

La personnalité de Lucie est de tout remettre en question, et surtout se poser les bonnes questions. C’est une qualité que j’adore chez elle, surtout quand sa touche d’humour vient ponctuer ses réflexions. Soutenue par son entourage, par ses pensées et par ses collègues, Lucie a décidé de postuler et d’assumer son choix. Suite à l’entretien, elle apprend avec joie qu’elle est prise pour ce poste d’administratrice, consciente que la codirection prenait peut-être un risque mais en connaissance de cause puisqu’ils la connaissaient suffisamment pour lui faire confiance.  Et, dans cet acte-là ; Lucie se sentait réellement soutenue par ses collègues qui approuvaient alors le choix des directeurs.

Administratrice de Pronomades, un poste taillé pour elle !

Lucie est devenue officiellement l’administratrice de Pronomades le 24 décembre 2012, jour où elle signe son premier CDI en guise de cadeau de Noël ! Forte de l’approbation de toute l’équipe, Lucie a su prendre sa place, assumer ses responsabilités, son rôle de « direction » naturellement. Faisant de sa jeunesse une force, adhérant totalement au projet de Pronomades, Lucie a su faire évoluer ses connaissances, ses compétences et son métier. Sans être dans la comparaison des autres administrateurs de rang, elle apprend beaucoup des réunions auxquelles elle assiste en leur présence. Elle se forme, aussi, et assure également sa place d’administratrice à l’extérieur de Pronomades tant le projet que porte ce CNAR est atypique. Elle use donc de son jeune âge pour apprendre, réinventer et remettre, encore et toujours, en question son rôle. Dans un premier temps, Lucie s’est attachée à « faire et maîtriser les tâches administratives transmises par l’administratrice précédente ». Puis dans un deuxième temps, elle a voulu prendre conscience d’autres pratiques, auprès d’autres administrateurs et à travers des formations, ce qui lui a permis de se poser des questions qu’elle ne se posait pas et qu’il fallait qu’elle se pose. Lucie a donc intelligemment mené sa barque pendant ces cinq ans en tant qu’administratrice, pour pouvoir disposer d’assez de compétences pour « apporter de nouvelles solutions et réaliser la mise en place de celles-ci » afin de contribuer au projet de Pronomades de la meilleure des façons. Le but étant toujours de relever de nouveaux défis pour servir le joli projet du CNAR.

La Transumante de Johann Le Guillerm à Saint Gaudens

Lucie affectionne beaucoup son rôle et ces lignes me permettre d’avouer mon admiration de sa réussite ! D’autant plus que son métier est passionnant. Il repose sur une vision globale de l’ensemble du projet de Pronomades. Trois volets sont prépondérants dans ses fonctions – la gestion financière de la structure, la gestion juridique, et enfin la gestion sociale.

En premier lieu, Lucie gère donc le budget de l’association, rédige les dossiers de subventions, assure un suivi très régulier de la comptabilité pour avoir une analyse précise de la situation, dose les charges en fonction du budget prévisionnel qu’elle a réalisé. Lucie a su se doter ou créer des outils nécessaires à cette fonction. Elle travaille aussi en collaboration avec le commissaire aux comptes qui contrôle la comptabilité de l’association et avec la banque. Dans le cadre des recherches de financement, Lucie a su aussi apprendre à savoir parler du projet de Pronomades selon les interlocuteurs auxquels elle s’adresse, en fonction de ce qu’ils financent.

Dans un deuxième temps, Lucie participe pleinement à la vie de l’association en rédigeant les Compte-Rendu des Assemblées Générales, des réunions, des décisions, etc. qui sont prises au sein de Pronomades. Elle s’occupe des renouvellements, quand il y a lieu, des licences d’entrepreneur du spectacle. Pour faire court, la loi oblige les programmateurs de saisons culturelles à avoir une autorisation appelée licence du spectacle. Lucie rédige aussi les contrats de cession (qui définissent les conditions dans lesquelles un spectacle sera donnée : coût, obligations de chaque signataires, accueil des artistes, droits d’auteurs), les contrats de résidence des compagnies, et les différents contrats de travail. Elle réalise également les bilans de fin d’année (bilan d’activité pour justifier des subventions, bilans comptables).

Le troisième volet de son statut d’administratrice repose sur le volet social de la gestion du CNAR. Jusqu’à il y a peu, Lucie faisait la paie des salariés. Elle doit également réaliser une veille sociale de l’évolution pour employer du personnel et des changements de la convention collective, notamment pour l’embaucher des techniciens ou artistes intermittents. C’est également son rôle de les embaucher en fonction de leur spécificité technique ou artistique. Depuis peu, de nouvelles prérogatives ont été attribuées à Lucie en lien avec la gestion du personnel.

De plus, elle joue un rôle de coordinatrice au sein de Pronomades, en lien avec les autres salariés, afin de garantir la bonne mise en œuvre de l’accueil logistique et technique des équipes artistiques.

Son travail est pour le moins passionnant car elle prend beaucoup de plaisir à participer au projet de Pronomades, car c’est un projet à taille humaine. La preuve, l’ensemble de l’équipe est multitâche et personne n’est « embauché pour faire la vaisselle, on s’y met tous ». Trêve de plaisanterie, elle se sent bien dans ses fonctions car elle est au service d’un projet qui lui ressemble. Elle se sent là, où elle devait être, car elle a su allier cette dualité qui la partageait depuis toujours. Longtemps dans son parcours, Lucie s’est battue contre son côté scientifique, où elle réussissait sans réellement s’épanouir, et ce qu’elle qui lui plaisait (le milieu artistique).  C’est un métier qui demande de la rigueur, une anticipation, une écoute, de la mémoire. Ce sont des qualités qu’elle est ravie d’assumer car elle a trouvé le juste milieu entre sa dualité. Elle propose son côté scientifique pour une aventure culturelle louable et qu’elle aime ! Par ailleurs, travailler dans le milieu culturel est l’occasion de faire de belles rencontres dont elle se nourrit aisément, elle vit des émotions artistiques que les spectacles lui procurent, elle s’émerveille toujours des interrogations posées par une œuvre, elle aime aller à la rencontre du public et voir leur réaction. Les Arts de publics provoquent de multiples émotions, que l’on définit comme étant le sensible, en médiation culturelle. Et Lucie adore parler et échanger avec les gens pour connaître l’interaction sensible provoquée par l’acte artistique.

Spectacle-installation suite à un projet de territoire mené avec 2 artistes Emilie Mousset & Delphine Lancelle autour de La Retirada

 

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