PORTRAIT : Rémy Grosso – Artiste dans l’âme

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Après la trêve des fêtes je reprends l’écriture par un nouveau portrait. L’occasion des fêtes m’a justement permis de réaliser l’entretien avec le protagoniste de ce portrait. C’est à l’occasion du Nouvel An que nous avons rejoint nos amis à Clermont pour fêter le passage à la nouvelle année ensemble. Ainsi le 1er janvier, nous avons pris une petite heure avec Rémy Grosso pour échanger sur sa passion.

 

 

Rémy Grosso – Rugbyman à l’âme créatrice 

Si certains d’entre vous ont pu lire le portrait que j’ai fait de mon compagnon l’été dernier, vous comprendrez alors certainement comment j’ai pu connaître Rémy Grosso. Je me rappellerai toujours de la première fois que j’ai vu Rémy. Il venait de débarquer à Castres car il avait signé un contrat au Castres Olympique. Il était seul. Sa petite famille était en vacances. C’est souvent le lot des rugbymans qui ont les vacances en décalés par rapport aux vacances scolaires. De ce fait, de nombreuses femmes de joueurs partent en vacances seules avec leur progéniture. Bref, c’était en plein cœur de l’été 2013 et nous mangions dans un de mes endroits préférés à Castres (où j’ai d’ailleurs écrit de nombreux articles pour ce blog !), Champ du Sud. Rémy soucieux de sa famille et de sa femme, s’est renseigné auprès de moi pour offrir un massage pour son anniversaire, à celle qui deviendrait son épouse deux ans plus tard. C’est comme cela que j’ai connu Rémy Grosso : quelqu’un d’attentionné et toujours à l’écoute de ses enfants et de sa moitié, timide aussi et tendrement attachant, avec plein d’humour.

Dès lors, mon homme et Rémy se sont liés d’amitié et j’ai ensuite rencontré Blandine, sa compagne. Difficile de ne pas être autant charmé par cette belle brune à fort caractère dont la générosité est sans faille. Ce fut le début de belles parties de rigolades, de douces soirées à refaire le monde, de matchs et d’émotions à partager.

Nous nous sommes découverts petit à petit, et j’ai constaté petit à petit la sensibilité artistique de Rémy Grosso. Ayant toujours été attirée par les formes artistiques, j’ai toujours eu un intérêt pour les créations de Rémy. Dans un premier temps, il était souvent en train de bricoler quelque chose et Blandine me disait, « Rémy a refait le meuble télé », « Rémy m’a fait une coiffeuse », « On a changé la table basse, c’est Rémy qui l’a faite »… C’est là, que tout commence, et que le parcours de Rémy devient aujourd’hui limpide car il a sans cesse suivi sa créativité et ses envies.

 

Lors de son orientation scolaire, Rémy avait choisi de suivre un CAP Ebéniste. A cette époque-là, cette voie lui semble judicieuse car il est plutôt manuel. Il a toujours aimé bricoler et cela lui permettait de mettre son sens esthétique au service de son apprentissage, et par conséquent de sa future profession. Ce parcours l’intéressait puisqu’il était également différent de la filière classique. Il faut dire que Rémy Grosso a été à bonne école. Sa maman est très bricoleuse. Elle retape beaucoup de meubles, crée beaucoup d’éléments de décoration, etc. Rémy, dans son enfance, baigne donc dans cet univers qui construit sans aucun doute sa créativité. Il poursuit donc jusqu’au Bac Pro qu’il quittera pour une autre passion, toujours plus dévorante : le rugby.

 

Rémy Grosso devient professionnel dès 19 ans, au sein du LOU (Lyon Olympique Universitaire) où il restera 5 ans, en tant qu’ailier. Il quitte le LOU pour le CO en 2013, et il y évolue pendant 3 ans et demi. A cette période, il connait l’équipe de France XV et l’équipe de France à 7. Rémy rejoint l’ASM Clermont Auvergne en tant que « joker médical » pour combler l’effectif de l’équipe suite à une blessure de l’un de leur joueur.

Aujourd’hui, Rémy est sous contrat avec l’ASM jusqu’en 2020. Il vit dans un petit village prêt de Clermont avec sa petite famille et s’est rapproché des siens, Lyon étant à seulement deux heures de voiture de Clermont.

Cette nouvelle perspective est l’occasion pour Rémy de se créer un univers propre à lui et de développer son sens artistique. Sa nouvelle maison comporte une veille grange à réhabiliter. Il en a ainsi profité pour en faire son atelier. Tel l’atelier d’un artiste.

 

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Rémy à l’occasion d’un article publié dans le journal La Montagne

 

 

En recherche perpétuelle, Rémy Grosso alias Air-g et son chemin artistique

Quand j’ai connu Rémy, il était déjà féru de dessin. Il détient un autre don que le rugby, c’est certain. Toujours en recherche perpétuelle de nouveaux éléments, de nouvelles matières et de nouvelles façons de travailler, Rémy développe son art à sa manière, selon son instinct.

Dès son entrée en Maternelle, sa mère avait remarqué ses facilités pour le dessin, mais c’est seulement vers 9/10 ans qu’il a commencé à aimer ça. Il dessinait dès qu’il pouvait, dès qu’il avait le temps. Il avait toujours de « bonnes notes en Arts-Plastiques », se souvient-il ! Sa maman, créatrice dans l’âme, a vite compris ce sens artistique et a su le développer en lui proposant des activités créatives.

Rémy ne prend pourtant pas de cours, il s’inspire de sa mère. Il aime dessiner. Dès son plus jeune âge, ce qui l’intéresse et ce dans quoi il s’épanouit vraiment reste le dessin au crayon. Chaque instant est prétexte à croquer au stylo, au crayon à papier. Colorier ses productions ne le tente pas forcément. Rémy adopte une technique instinctive et s’entraîne encore et encore… Il recopie maintes et maintes fois sa main, les couvertures de Marvel, les BD… Son cousin exploite même son talent. Il lui demande de recopier les jaquettes des K7 vidéos des Disney qu’il aime. Dans notre échange, Rémy Grosso se souvient même d’avoir répété le dessin d’une cathédrale qu’il voit à travers la vitre d’une salle de classe au collège. Tout est prétexte au dessin et tout est un bon thème de pratique.

Aujourd’hui, le petit Rémy est devenu grand et ses entraînements, non pas de rugby, mais de croquis l’ont mené à assouvir sa soif d’apprendre à travers d’autres techniques et d’autres formes artistiques. Il s’exprime à travers de nombreuses possibilités car créer est avant tout un besoin pour lui. Il a soif « d’apprendre de nouveaux trucs ». Il consacre du temps à sa passion tous les jours, tous les soirs. Il y pense souvent mais sans anticiper ce qu’il va faire. Maintenant, Rémy Grosso s’adonne non seulement au dessin mais aussi aux bombes pour réaliser des tableaux, aux feutres-peintures, et teste le graph ou encore l’aquarelle et la peinture acrylique. Rémy Grosso n’anticipe aucun ouvrage, il ne maîtrise pas toutes les techniques et joue donc en fonction des matières, des couleurs et des outils dont il dispose. Il ne visualise jamais ce qu’il va faire avant de le mettre en œuvre, mais il veut acquérir une certaine méthodologie au fur et à mesure de son apprentissage. De ce fait, il « apprend et change en fonction » de son avancée dans sa pratique. Son inspiration vient d’un thème, de son feeling ou d’une demande ! Il avance sur ses œuvres petit à petit et écoute son instinct.

 

Quand il ne connaît pas une technique ou qu’il souhaite découvrir comment faire telle ou telle chose, Rémy va inspecter sur le net et s’inspirer de ce qu’il peut trouver. Il m’avoue même qu’il souhaiterait et préfèrerait « apprendre avec quelqu’un ».

Actuellement, l’art est pour Rémy Grosso un loisir qui lui permet de s’évader sans se « prendre la tête ». Cette vision lui permet d’apprendre encore et encore, d’affiner son style, de prendre du plaisir à tester de nouvelles manières de procéder. Il dessine aussi désormais à l’aide de l’Ipad sur plusieurs applications qu’il permute en fonction de leurs fonctionnalités. Il éprouve alors une autre sensation du dessin, qu’il apprécie énormément. Son prochain souhait serait de se former sur Illustrator pour approfondir ses compétences en dessin numérique.

 

 

Le parcours artistique de Rémy Grosso va nous étonner !

Etant sensible depuis toujours à la création artistique, j’ai pu me plonger dans de nombreuses œuvres, notamment à travers mon parcours universitaire… pour les apprécier, pour les critiquer positivement ou négativement, pour en retirer la substance, les questionnements, l’esthétique, le sens… Ce que j’aime le plus dans l’art c’est le laisser me parler, essayer de faire abstraction de mes connaissances et me laisser porter par l’œuvre. On appelle cela le « sensible » en médiation culturelle. Ce n’est qu’après que je fais appel à mes références, à l’histoire de l’art et que je fais entrer en jeu ma cognition. Entrer en jeu, oui comme au rugby !

Cela nous ramène à nos moutons, car là aussi est l’enjeu de mon portrait : dépoussiérer l’image du rugbyman telle une brute, s’éloigner des préjugés (beaucoup de joueurs sont loin d’ailleurs de cet image) … C’est ce qui me touche chez Rémy, cette antinomie qui le caractérise tant. La sensibilité de Rémy Grosso, sa réserve, sa timidité et son intelligence sont le reflet de ce coureur de terrains.

Ainsi, je me laisse porter par ses créations, certaines me parlent plus que d’autres, certaines me touchent plus que d’autres, certaines m’interrogent plus que d’autres mais toutes suscitent mon admiration !

 

Les premiers éléments que j’ai pu voir de Rémy, ce sont les portraits de certains joueurs qu’il réalisait – si caractéristiques à son style : des traits marqués qui structurent ses personnages, des portraits qui oscillent entre caricature et réalité, un travail minutieux qui n’exagère pas les traits – presque minimaliste…

 

En essayant de nouvelles techniques, Rémy a envie de prolonger et de développer cette expérience dans les portraits, mais pas seulement. S’exprimant sur plusieurs matières, Rémy Grosso croque des animaux au crayon, mais il s’adonne aussi à d’autres thèmes. Il peint sur des portes, l’Amérique Latine car il a envie de couleurs, tandis que la deuxième porte reflète la culture des Iles Pacifiques. Ses coéquipiers et leurs traditions l’inspirent. Les dessins sont fins, étudiés, chaque élément de la composition trouve sa place harmonieusement sur ces portes. Il travaille avec des POSCA (feutres-peintures) sur des objets de décoration comme des objets du quotidien. Le fait d’avoir son atelier offre à Rémy la possibilité de faire évoluer son art. Toutes les occasions sont bonnes pour créer, notamment lors de la dernière vente aux enchères de l’ASM SOS. On lui propose de mettre un de ses ouvrages à la vente… Rémy Grosso réfléchit, quand lui vient l’idée de donner une seconde vie à un crampon d’un des joueur icône de l’ASM Clermont, Aurélien Rougerie. Il peint sur le crampon et le structure aux couleurs du club avec ses emblèmes. La chaussure est un succès. A tel point que chemin faisant, les réseaux sociaux lui ouvrent une commande pour un cadeau de Noël – et pas n’importe lequel, celui de Sébastien Bézy, joueur au Stade Toulousain.

 

Depuis qu’il vit à Clermont, Rémy met de plus en plus en partage son art et multiplie les collaborations. Sa popularité artistique prend de l’ampleur. Il croque les deux actrices de BeCosette, il réalise un graph pour une salle de sport, il expose deux tableaux dans un restaurant de Clermont…

     
 

En regard de ce parcours – ce qui me transporte dans les créations de Rémy Grosso, la part sensible qui résonne en moi – quand je me confronte à ses ouvrages, je retiens l’idée géniale de revisiter totalement un crampon pour en faire un objet d’art. Cette éclosion artistique, imaginative et débordante a fait naître un portrait de Nelson Mandela tout simplement communicatif de bonheur et de bien-être. Un simple regard, et je me suis, tout de suite, entièrement laissée transporter par la joie que dégage ce tableau. Un visage souriant, une plénitude déployée, sur un fond rappelant le style de Jackson Pollock. Une chose est sûre c’est que Rémy Grosso n’a pas fini de m’étonner, de nous étonner ! Je regarde aussi sa première aquarelle avec détail… Son premier essai est très prometteur…

 

Quand il envisage sa reconversion, Rémy ne peut ignorer cette partie de lui-même. Actuellement, grâce à un dispositif mis en place par l’ASM, il a entrepris, une sorte de bilan de compétences pour appréhender ses aspirations professionnelles de manière réfléchie et réaliste. Dans son idéal, il aimerait mettre sa créativité au service de son futur métier. S’il peut « joindre l’utile à l’agréable », pourquoi pas ? « Des gens doués, il y en a plein » me souffle Rémy. Il « aime bien faire plaisir et répondre à une demande ». Il songe peut-être au graphisme… Même si, finalement son avenir prenait un tout autre chemin, il est certain que Rémy gravitera toujours autour de son art !

Papa poule, il s’adonne à de nombreuses activités avec ses enfants. Ils sont ouverts et réceptifs à sa passion. Sa transmission passe aussi par le dessin… il est content qu’ils aiment cela et les poussera à développer leurs capacités en ce sens. Rémy Grosso n’a pas eu l’occasion de découvrir de multiples techniques dans sa jeunesse, alors il aimerait leur transmettre les différentes techniques qu’il manie aujourd’hui. C’est touchant car son aîné reprend parfois les dessins de son père pour les reproduire lui-même.

 

 

Ces lignes ont coulé toutes seules tant il y aurait à dire sur ce personnage qu’est Rémy Grosso. A l’occasion de ce portrait, je me suis aussi replongée dans ses photos Instagram pour m’imprégner de son univers. Ma fascination pour son don est intacte mais ce sont aussi de nombreux souvenirs qui me sont revenus en mémoire. Les bons moments, les mariages, la finale 2014, le pique-nique dans le Sidobre, les repas du mercredi midi, une raclette qui finit à 3h du mat’, le sens de l’humour de Rémy (parfois propre à celui d’un rugbyman – malgré tout !), la bonne humeur communicative de sa femme… Bref, tout cela me rappelle de bons souvenirs dont je suis nostalgique, car l’esprit « famille » règne chez les Grosso. Cet esprit auquel on adhère tant, quand on les connaît. Il ne faut pas oublier que derrière la carrière d’un sportif professionnel, il y a une famille qui supporte les victoires et les défaites, mais aussi les déménagements, les sacrifices, une femme qui gère le quotidien, la vie de famille… et dans ce domaine Rémy a beaucoup de chance d’avoir Blandine à ses côtés. Elle contribue ainsi à sa carrière, en lui laissant aussi la liberté de s’appliquer à son autre passion, même si Rémy s’investit pleinement dans les tâches ménagères et la vie familiale. Une chose est certaine, c’est que l’âme d’artiste de Rémy ne peut que s’épanouir dans des conditions telles que celles-ci. Et je le lui souhaite très sincèrement !

 

Vous pouvez suivre les travaux de Rémy Grosso sur son profil Instagram Air-g