Histoire de la danse – Partie 1 – Troisième sous-partie – Les Ballets Russes : une lueur de modernité

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Un nom est à l’origine de la révolution provoquée par les Ballets Russes : Serge de Diaghilev. C’est en tant qu’impresario avisé qu’il enclenchera le renouveau du ballet classique. Son mécénat permet de faire naître une troupe dont le chorégraphe est Michel Fokine. Avec les danseurs, ils vont permettre des spectacles éclatant la routine de l’académisme. C’est une révolution qui s’enclenche. Le 19 mai 1909, au Théâtre du Châtelet à Paris, Diaghilev tente un véritable pari. Dans un décor conçu par des peintres de renom (Alain Bakst, Alexandre Benois, Nicolas Roerich), les danseurs évoluent sur scène dans une technique superbe tout en développant une danse novatrice. C’est un véritable choc qui attend les spectateurs ce soir-là. Dans une explosion de couleurs et de rythme se succèdent quatre ouvrages : Cléopâtre, Le Festin, Le Pavillon d’Armide, Les Danses polovtsiennes, interprétés par Pavlova, Nijinski, Rubinstein ou Bolm. Une révolution est en marche : dès cette représentation le spectacle est un véritable triomphe. Un an plus tard, forte de ce succès, la troupe des Ballets Russes revient avec un programme plus impressionnant : L’Oiseau de feu, Carnaval et Schéhérazade. Ce programme est également accompagné de musiciens dont l’un des jeunes interprètes n’est autre qu’Igor Stravinski. Chaque chorégraphie est déployée dans un style propre. Michel Fokine défend l’idée que la danse ne doit aucunement entrer dans une routine et fléchir sous la virtuosité gratuite. Il invente des mouvements qui se veulent expressifs. Le langage dansé est directement issu du sujet traité et les rencontres que fait le chorégraphe sont déterminantes pour les Ballets Russes. Son échange avec Isadora Duncan, la danseuse « aux pieds nus » sera par exemple déterminant pour la création du ballet Eunice. Plusieurs styles sont abordés : le genre grec, le genre oriental, le genre franco-viennois, et le genre russe.

 

Il reste tout de même très attaché à l’école classique mais défend dans toutes ses pièces l’alliance de l’expression au langage de corps. Dès lors, cette nouvelle conception ne sera pas seulement appréciée à Paris mais viendra frôler les scènes de Monte-Carlo, Rome et Londres. Ces ballets deviennent finalement plus européens que russes faisant appel à des artistes tels que Jean Cocteau, Maurice Ravel, Georges Braque, George Rouault, Henri Matisse, José Maria Sart, Manuel de Falla, etc. D’autant plus que leurs productions ne sont pas présentées en Russie.

 

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Avec ce succès notoire, un danseur est particulièrement remarqué : Vaslav Nijinski. Il incarne véritablement le renouveau russe. Il ne s’embarrasse plus des conventions traditionnelles. « En Nijinski, Diaghilev trouve l’instrument de ses rêves, apte à emblématiser ce que sa compagnie apporte de plus détonnant : des chorégraphies courtes signées Michel Fokine qui décapent la danse classique ; des décors et des costumes luxuriants de Bakst et de Benois qui tranchent sur le terne carton-pâte des routiniers du décor théâtral »[1] . Il entre petit à petit dans une démarche expérimentale. Son premier ballet, L’Après-midi d’un faune, créé le 29 mai 1912, en référence au poème de Mallarmé, sur une musique de Debussy use encore des décors de Bakst. Il déplace les mots du poème dans une danse s’éloignant de l’académisme. Dès lors, le choc ne sera plus synonyme de succès. Cette œuvre désoriente : elle n’a pas d’appui réellement narratif, aucune virtuosité n’est déployée, et l’érotisme présent se dégage du personnage principal, le chorégraphe lui-même. Le public est partagé, Michel Fokine horrifié par la laideur du spectacle. Cependant, ce spectacle marque un pas important vers l’avènement de la danse contemporaine. Fokine se détache de la troupe des Ballets Russes. Plus tard, Le Sacre du Printemps continuera cette rupture. La partition est de Stravinski, deux actes composent le ballet : « L’Adoration de la terre » et « Le Sacrifice ». Sous l’impulsion de la technique de l’eurythmie mise au point par Dalcroze, le spectateur assiste à des mouvements dissociés car le rythme des jambes est différencié de celui du buste et des bras. Nijinski s’est également attaché à complexifier la chorégraphie par rapport au rythme de la partition musicale. Référence importante dans le monde de la danse et repris par de nombreux chorégraphes encore de nos jours, Le Sacre du Printemps n’a pas pour autant convaincu le public à l’époque de sa création.

 

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« Dans la lignée des Ballets Russes, un suédois de Paris, Rolf de Maré, collectionneur d’art, ose marier lui aussi les genres, les interprètes de formation classique avec les artistes de tout horizon »[2]. Mais la suite des Ballets Russes est également synonyme de la naissance de la danse néoclassique, avec la reprise de la troupe par le chorégraphe Serge Lifar.

 

[1] J.P. PASTORI, La Danse – Des Ballets russes à l’avant-garde, Paris, Gallimard, coll. Découvertes Gallimard, juin 2009, p. 22.

[2] P.  NOISETTE, Danse contemporaine mode d’emploi, Paris, Flammarion, Coll. Art Contemporain, 2010, p. 26.

 

Retrouvez l’intégralité de l’Histoire de la danse dans l’Avant-Propos

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